Qui était Rudolf Steiner?

Ce grand humaniste du XXe siècle, fondateur de la biodynamie, reste encore assez méconnu de nos jours. Rudolf Steiner voit le jour en 1861 à Krajelvec, une petite bourgade de Croatie (qui, à l’époque, faisait partie de l’empire d’Autriche-Hongrie). Fils d’un fonctionnaire des chemins de fer austro-hongrois, il grandira au sein d’une famille modeste.  

Tout jeune déjà, il a des perceptions « suprasensibles » c’est-à-dire qu’il est « clairvoyant » et il constate rapidement qu’il est difficile d’échanger sur ses perceptions avec sa famille et ses camarades de classe. 

C’est la rencontre avec un modeste «herboriste », cueilleur de plantes médicinales à la perception sensible également, qui lui permis d’échanger à ce sujet. C’est à partir de ce moment-là que se développe son lien et son amour de la nature, de la paysannerie et des gens du peuple. Plus tard, il cherchera une voie de connaissance permettant à chaque être humain d’accéder librement et en toute conscience à de telles connaissances intimes, qu’il qualifie de « spirituelles », de la nature et de l’humain.  

Le jeune Rudolf Steiner suit des études à l’école polytechnique de Vienne puis obtient un doctorat en philosophie, domaine qui le passionne depuis toujours. Son principal ouvrage s’intitulera d’ailleurs « La philosophie de la liberté ». Dans le même temps, pour gagner sa vie, il est précepteur et est chargé de l’édition de l’œuvre scientifique du grand poète allemand Goethe. Il qualifie Goethe de Galilée du vivant dans le sens où la révolution apportée par Goethe pour la connaissance du vivant lui semble aussi importante que la révolution de notre vision du monde amenée par Galilée qui affirma à l’aube de la Renaissance que la Terre tourne autour du soleil. Steiner trouve chez Goethe la méthode qu’il cherchait, celle qui permet, en partant de l’observation sensible fine des phénomènes, d’accéder à la connaissance intime du vivant dans chaque être. On pourrait aussi dire de l’essence, ou de la nature profonde de chaque être, plante, animal, être humain,… 

À partir des années 1900, toujours plus connu pour ses ouvrages, articles et conférences, il déploie sa créativité dans le domaine artistique en collaboration avec de nombreux artistes. Œuvres de théâtre, création d’un art du mouvement, l’eurythmie, avec sa femme Marie von Sivers, construction d’un grand centre culturel en architecture organique qui est nommé « Goetheanum » en hommage à Goethe (à Dornach près de Bâle en Suisse).

Toutes ces impulsions nouvelles inspireront de nombreux artistes tels que Kandinsky ou Mondrian. Il sera ensuite fréquemment sollicité par des professionnels de différents domaines qui lui demanderont d’apporter des indications dans les champs suivants : pédagogie, économie, organisation sociale, médecine, pharmacie, etc. Ainsi naissent la pédagogie Steiner, la médecine et la pharmacie d’orientation anthroposophique (fondation des laboratoires Weleda) et finalement un an avant sa mort en 1924, l’agriculture bio-dynamique. 

Vers 1922-23, Rudolf Steiner reçoit la demande d’un groupe d’agriculteurs qui souhaitaient des indications pour un renouveau de l’agriculture dont ils percevaient déjà des symptômes de dégénérescence liés à l’irruption de la chimie et de la pensée matérialiste.  

Les agriculteurs lui avaient posé des questions précises dont celles-ci:  

– quel est l’effet du nouvel engrais chimique (il s’agit de l’engrais azoté) sur la fertilité des sols à long terme ? 

– comment régénérer les plantes qui ont perdu de leur vitalité ces derniers siècles? 

– comment renforcer la santé et la vitalité des animaux d’élevage ? Il faut préciser qu’une importante épidémie de fièvre aphteuse avait décimé les troupeaux bovins dans les années 1920-22 en Allemagne. 

– quel est l’effet des influences des astres sur les plantes et animaux ? 

– comment visualiser les forces de vie ? 

– quelle est la place de l’agriculture dans la société et comment améliorer la situation sociale des paysans ? 

On peut être surpris par l’actualité de ces questions car on se représente fréquemment l’agriculture du début du xx° siècle comme une agriculture écologique (peu d’engrais, pas de pesticides – ceux-ci n’apparaitront qu’après la deuxième guerre mondiale -, peu de machines). 

Pour répondre à ces différentes questions et proposer des perspectives de renouveau de l’agriculture, R. Steiner prépara un cycle de 8 conférences suivies de questions- réponses qu’il donna en juin 1924 sur un grand domaine agricole de 3000 ha d’un producteur de betteraves sucrières dans l’est de l’Allemagne à l’époque, à Koberwitz en Silésie (aujourd’hui en Pologne). C’est ce cycle, appelé couramment, « Cours aux agriculteurs » qui fut l’acte de naissance de ce que l’on appelle l’agriculture biodynamique. Dans ces 8 conférences, s’appuyant sur une synthèse des connaissances passées, il fait une analyse très perspicace de l’orientation dramatique vers laquelle s’engageait l’agriculture industrielle. Ainsi, il évoque la baisse de qualité nutritive des aliments lorsque des engrais chimiques sont employés. Il explique que les vaches deviendront folles si on les nourrit de viande. À propos des abeilles, il explique qu’elles dépériront si l’on continue avec l’élevage artificiel des reines. Dans ce sens, il était un lanceur d’alerte avant l’heure. 

Dans ses conférences, Rudolf Steiner ouvre de nombreuses voies d’avenir pour une régénération radicale de l’agriculture telle que l’importance de la biodiversité pour la santé globale du domaine agricole, la nécessité de ne « jamais sortir du vivant » en supprimant tout emploi de produits de synthèse. Puis, il ajoute des « recettes » pratiques en préconisant l’emploi de certaines plantes médicinales fermentées (appelées préparations biodynamiques) pour soigner la terre et les cultures. Les réponses données par Steiner ont beaucoup surpris ses auditeurs par leur ampleur et leur hauteur de vue ; ils ont cependant immédiatement mis en pratique et expérimenté cette méthode de régénération de la terre.  Ainsi dès les années 1930, la biodynamie étaient pratiquée sur des dizaines de milliers d’hectares en Allemagne. 

Photos Steiner

Ecrit par Jean-Michel Florin, formateur et botaniste au MABD 

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