L’EXODE URBAIN de Pierre Gevaert

L’EXODE URBAIN de Pierre Gevaert

Sous un titre d’apparence simple, ciblée et sans « catastrophisme » se cache en réalité une remise en question très pointue de nos modes de vie occidentaux qui – il faut en convenir – atteignent aujourd’hui l’échelle planétaire. L’analyse de « L’état du monde » proposée par Pierre Gevaert est sans concessions – tout y passe – les mécanismes de fonctionnement de nos sociétés industrielles sont passés au crible d’une impitoyable perspicacité toute empreinte, cependant, de bienveillante lucidité. En effet, l’adage bien connu : « La critique est aisée, l’art est difficile » ne trouve pas ici sa pleine signification car, d’une part, cette critique est faite sous la forme d’un appel à nos consciences et à notre intelligence d’êtres humains, et d’autre part des solutions concrètes, intelligentes et parfaitement réalisables sont proposées. Cet ouvrage écrit en 1997 et publié aux éditions Ruralis aurait mérité un bien plus grand impact grâce à une plus large distribution. Mais comme toujours, la réalité nous effraie. Pierre Gevaert s’implique totalement dans une vision, plus actuelle que jamais, où la raison ne peut plus éviter la confrontation au réel. Parmi les exemples choisis pour présenter concrètement son analyse, l’auteur commence par le vivant symbole de nos sociétés de consommation industrialisées : le rêve américain. De quelle manière cette fameuse « liberté » est-elle utilisée à l’aune de nombreux exemples de la vie quotidienne, des nombreux comportements destructeurs à long et à court terme que nos habitudes de citadins ont généré. Des comportements créateurs, finalement, d’un appauvrissement évident de notre qualité de vie. Pierre Gevaert démonte avec une implacable lucidité les mécanismes hypocrites et impuissants des gouvernements et des médias, manipulés en toutes choses par le pouvoir universel de l’argent. Et pourtant, à chaque page, une solution claire et concrète est exposée. L’évidence de telles propositions ne peut nous échapper tant elles font appel au bon sens même.
La grande angoisse dévoilée par ce livre, puisqu’il faut appeler les choses par leur nom, émerge de la nette prise de conscience de l’appauvrissement continuel de toutes les ressources naturelles à la base de la vie de même que l’utilisation erronée de l’énergie. La qualité de la terre, de l’eau et de l’air est menacée chaque jour davantage. La pollution bien qu’universellement reconnue est très peu ralentie faute de volonté tranchée et donc de moyens efficaces. La production d’électricité en masse, la surconsommation de pétrole, la croyance en l’indispensabilité du nucléaire poussent l’être humain dans une spirale infernale menant droit à la catastrophe.
Si la première partie de l’ouvrage analyse avec rigueur l’ « état des lieux » de la planète, la seconde met en œuvre une solution globale et complète avec exemple réel à l’appui. En tenant compte de tous les paramètres matériels et humains, Pierre Gevaert nous invite en quelque sorte à rendre à notre vie ce qui la rend si précieuse, c’est-à-dire le bonheur de sa qualité. Retour à l’agriculture biologique. Retour à l’utilisation des énergies dites douces mais surtout sources naturelles vitales et inépuisables, le vent, l’eau et la terre, pour peu que l’on sache s’y prendre. C’est là que la connaissance très étendue de l’auteur en matière d’agriculture biologique et de production non polluante d’énergie révèle toute son efficacité.
À lire d’urgence si l’on se sent vivant et concerné !

Quelques chiffres (datant de 1997 !) cités dans l’ouvrage, à propos de l’industrialisation galopante et des erreurs d’orientation:
– La Chine : 22% des habitants de la planète et seulement 7% des réserves d’eau douce.
– La Chine toujours : Le changement des habitudes alimentaires des chinois voulant absolument manger à l’occidentale. S’ils laissent libre cours à cette tendance, les chinois s’exposent à devoir utiliser une importante partie de leurs céréales et de leurs protéagineux à l’alimentation du bétail. En d’autres termes, au lieu de se nourrir directement de ces aliments végétaux équilibrés, ils préfèrent les consacrer pour une large part à l’élevage pour pouvoir aussi se nourrir de produits carnés avec les conséquences suivantes : – Il faut 7 kg de céréales pour produire 1 kg de bœuf
– Alors qu’avec ces 7 kg de céréales ils peuvent se nourrir dix fois plus longtemps et plus sainement.
La chine produisant (1997) plus de 330 millions de tonnes de céréales, cela lui permettant de n’en importer annuellement que 10 à 15 millions de tonnes, en retirant 30% des terres de la production, il leur manquera plus de 100 millions de tonnes de céréales ce qui signifie la moitié des exportations mondiales.
Ce n’est probablement pas de pays dévastés comme la Somalie et Haïti que viendra l’inévitable collision entre une demande croissante de denrées alimentaires et les limites des systèmes naturels de la terre : cela viendra du boom économique de la Chine !

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